Evolution du potentiel
paludogène d'une zone
- Le potentiel paludogène peut évoluer
graduellement ou changer de façon soudaine et imprévisible à la suite de modifications
du degré de vulnérabilité ou de réceptivité:
a) Modification du degré
de vulnérabilité
- Intensification ou modification des
voyages dans d'autres zones impaludées ;
- modification du niveau d'endémicité
paludéenne dans les pays ou zones d'où viennent les voyageurs, et
- Modification de la sensibilité du
parasite aux traitements chimioprophylactiques dans les pays ou zones d'où viennent les
voyageurs.
- Du point de vue de la surveillance,
les groupes qui doivent retenir l'attention en priorité sont les touristes, les
travailleurs migrants, les nomades, les pèlerins, les réfugiés et les forces armées.
Les équipages des aéronefs et des navires, et les populations vivant le long de
frontières mal définies ou incontrôlées, constituent d'autres groupes importants.
b) Modification du degré
de réceptivité
- (eu égard en particulier aux zones
dans lesquelles le taux d'endémicité paludéenne était auparavant instable)
- Modifications climatiques et
saisonnières inhabituelles ;
- projets de mise en valeur
prévoyant des travaux d'irrigation ou de déboisement, l'introduction de nouvelles
pratiques agricoles, et des travaux publics (ballastières pour la construction de routes)
;
- urbanisation; et introduction de
nouvelles espèces vectrices.
Responsabilités du paludologue
- Si l'on admet que l'enchaînement
probable des événements dans une zone précédemment impaludée sera
-
- i) une augmentation
de la vulnérabilité ;
- ii) des variations
possibles du niveau de réceptivité et
- iii) un
affaiblissement de l'aptitude technique des services de santé à intervenir efficacement,
les responsabilités suivantes, notamment, incomberont au paludologue, directement ou
indirectement:
-
- a) évaluations périodiques du degré
de réceptivité (études sur les densités de vecteurs, leur comportement et leur
sensibilité aux insecticides);
-
- b) surveillance de la vulnérabilité
(d'après des données internationales, des études et des statistiques sur les voyages,
des registres nationaux de cas, des informations sur les projets régionaux de
développement susceptibles d'attirer des nationaux, etc.);
-
- c) contrôle des dispositifs nationaux
et locaux de notification et de surveillance;
-
- d) tenue à jour d'un registre
national/régional des cas de paludisme;
-
- e) contrôle des compétences
diagnostiques des omnipraticiens et autres agents de santé employés dans des
laboratoires publics et prives (on pourra utiliser à cette fin des formulaires de
notification des cas, procéder à des contre-vérifications des étalements de sang
- et fournir des renseignements propres
à combler les lacunes observées);
-
- f) remise à jour périodique des
renseignements concernant les traitements chimiothérapeutiques et prophylactiques, et
diffusion de ces informations auprès des omnipraticiens, des spécialistes et des
instances nationales chargés de donner des avis en matière de médicaments;
-
- g) conduite d'activités adéquates de
formation et de recyclage aux techniques de surveillance et de lutte antipaludique pour
des personnels clés à tous les niveaux des services de santé généraux;
-
- h) intervention appropriées pour que
le paludisme continue de figurer dans les programmes d'enseignement médical .
-
- I) maintien, en des points
stratégiques, des réserves suffisantes de fournitures et équipement, en vue d'une
réintroduction possible et effective du paludisme.
-
- k) maintien de contacts avec les
instances et organismes s'occupant de voyages internationaux, d'immigration, de
développement international, des forces armées, et diffusion de données pertinentes;
-
- l) coordination et supervision des
opérations conduites contre des foyers de paludisme.
Responsabilités des services
de santé généraux
Il appartient aux services de santé
généraux de prévenir toute réintroduction du paludisme. La maladie a été, dans la
plupart des cas, éradiquée par un service spécial qui a cessé de fonctionner au moment
où la zone concernée est entrée dans la phase d'entretien.
A la condition d'apporter le soin
voulu à la planification, il devrait être possible de conserver intactes les
connaissances, compétences, expériences et attitudes des agents de la lutte
antipaludique qui seront affectés en des points et à des niveaux appropriés dans les
services de santé généraux.
Les activités antipaludiques à
entreprendre varieront sans doute dans l'espace et dans le temps selon la situation
épidémiologique. Les services de santé devront par conséquent être organisés de
manière à pouvoir conduire les opérations requises avec les niveaux de compétence
voulus et à les orienter et les superviser correctement. Il faudra aussi constituer et
maintenir en état des stocks suffisants de fournitures et de matériels.
Il faut savoir que l'élimination du
paludisme peut avoir les conséquences suivantes.
On hésite de plus en plus à
consacrer de la main-d'oeuvre, du temps et des ressources à une maladie qui a disparu. En
outre, la population oublie le paludisme et les ravages qu'il causait autrefois.
L'absence de cas peut
favoriser l'oubli des connaissances nécessaires en matière de diagnostic clinique et
microscopique, et d'appréciation épidémiologique; d'autre part, il n'y a plus de
possibilité d'enseignement clinique.
On constate une diminution
progressive de l'immunité chez les
sujets exposés autrefois au
paludisme, et l'apparition d'une nouvelle génération qui n'a jamais été exposée à la
maladie on assiste en fait à l'apparition d'une population non immunisée,
exposée à des épidémies brutales en cas de rétablissement de la transmission.
On peut donc s'attendre à rencontrer
dans la population et les services de santé une certaine résistance à l'idée de
fournir un effort soutenu contre le paludisme, et c'est pourquoi il faut conserver, à un
niveau suffisamment élevé, un noyau d'individus possédant les connaissances et
compétences voulues, capables de superviser les opérations de vigilance et de tenir à
jour le registre central des cas de paludisme. Il établirait sur la situation du
paludisme un rapport
annuel qui stimulerait l'intérêt
tout en ayant une valeur éducative. Un tel groupe pourrait être constitué au sein d'une
école de santé publique, l'essentiel étant qu'il puisse communiquer librement avec les
services de santé aux échelons central et intermédiaire.
Formation pour la surveillance
du paludisme
A l'intérieur du service de santé
lui-même, il est indispensable de continuer à assurer des activités de formation
adéquates sur le paludisme à l'intention de tous les agents susceptibles de prendre part
à des opérations antipaludiques dans les zones exposées au
risque de réintroduction de la
maladie. Cette formation pourra être assurée en partie à l'échelon local et en partie
dans des écoles de santé publique, mais il faudra que les agents appelés à jouer un
rôle clé enrichissent leur expérience dans des zones impaludées. Pour ces
derniers, les cours d'épidémiologie
du paludisme organisés par l'OMS se sont révélés particulièrement utiles. Par
ailleurs, des cours de formation sur les activités de vigilance pourraient être
organisés dans des zones où l'éradication du paludisme a été maintenue ).
Outre ces aspects techniques, la
formation aux activités d'entretien doit également faire prendre conscience des facteurs
susceptibles d'accroître le degré de vulnérabilité et de réceptivité d'une zone afin
que puissent être prises des mesures correctives propres à en atténuer les effets et
donc les risques d'une réintroduction du paludisme.
Il est indispensable que les
représentants de la profession médicale en général et les étudiants en médecine en
particulier continuent de recevoir une formation sur le diagnostic et le traitement du
paludisme et les mesures prophylactiques destinées aux voyageurs; à cet
égard, le noyau central d'experts
mentionné plus haut peut jouer un rôle actif. Il faut aussi maintenir les compétences
voulues en matière de diagnostic du paludisme par examen microscopique. Là encore, le
noyau d'experts pourrait prendre part aux activités d'enseigne-
ment et de formation, et centraliser
les contrôles des étalements de sang; ces travaux permettraient également d'identifier
les agents qui auraient besoin de suivre des cours de recyclage.