LE PROGRAMME TUNISIEN D'ERADICATION DU PALUDISME

L'APRES ÉRADICATION

 

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La stratification en fonction du potentiel paludogène

 
 
Pour des raisons de vigilance et une plus grande économie d'effort, on 'a été amené à établir un
classement des régions en fonction de leur potentiel paludogène, lui même fonction de leur degré
de réceptivité à l'installation (ou à la reprise) de la transmission et de leur vulnérabilité à l'importation
de cas. Ce classement a regroupé dans l'ensemble les anciennes unités ou strates épidémiolo-
giques (établies d'après l'endémicité naturelle de la maladie avant l'application de mesures
antipaludiques) et ces zones ont été ensuite subdivisées ou groupées en secteurs opérationnels.
 
Les techniques pratiques qui ont permis de mesurer la capacité vectorielle de chaque strate
épidémiologique et par conséquent son degré de réceptivité se s'est basé dans la pratique sur
l'histoire du paludisme dans la zone considérée:
a) niveau original d'endémicité;
b) réponse des vecteurs aux pulvérisations d'insecticides au cours de la phase d'attaque;
c) réapparition des vecteurs après l'arrêt des pulvérisations au cours de la phase de consolidation;
d) modifications de l'environnement résultant d'activités de développement socio-économique et susceptibles d'affecter les populations vectrices et humaines.

 

Il a été possible d'apprécier le degré de vulnérabilité a l'aide d'études permettant de savoir de quelle façon les voyageurs sont toujours arrivés dans la zone considérée et les changements récents survenus dans ce domaine (Résultat des enquêtes concernant les voyageur internationaux)

Les projets de mise en valeur. L'ouverture de nouvelles voies aériennes, la création de nouveaux pôles peuvent tous accroître le degré de vulnérabilité. Le nombre des arrivants, leur origine et leurs caractéristiques ainsi que leur destination et leur durée de séjour sont autant de facteurs qui doivent être pris en compte lorsque l'on cherche à prévoir l'évolution du degré de vulnérabilité.

 

Des activités continues de surveillance épidémiologique adaptées au potentiel paludogène et
à ses variations saisonnières, périodiques ou autres seront ensuite nécessaires aussi longtemps
que subsistera la menace de paludisme. La surveillance comprend la notification des cas, des examens microscopiques, l'étude des foyers de la maladie, des mesures thérapeutiques et des mesures correctrices appropriées. Son efficacité sera fonction de l'aptitude des services de santé généraux à utiliser les connaissances requises sur les plans clinique, thérapeutique, microscopique, diagnostique, épidémiologique, entomologique et opérationnel.

Evolution du potentiel paludogène d'une zone

Le potentiel paludogène peut évoluer graduellement ou changer de façon soudaine et imprévisible à la suite de modifications du degré de vulnérabilité ou de réceptivité:

a) Modification du degré de vulnérabilité

  • Intensification ou modification des voyages dans d'autres zones impaludées ;
  • modification du niveau d'endémicité paludéenne dans les pays ou zones d'où viennent les voyageurs, et
  • Modification de la sensibilité du parasite aux traitements chimioprophylactiques dans les pays ou zones d'où viennent les voyageurs.
Du point de vue de la surveillance, les groupes qui doivent retenir l'attention en priorité sont les touristes, les travailleurs migrants, les nomades, les pèlerins, les réfugiés et les forces armées. Les équipages des aéronefs et des navires, et les populations vivant le long de frontières mal définies ou incontrôlées, constituent d'autres groupes importants.

 

b) Modification du degré de réceptivité

(eu égard en particulier aux zones dans lesquelles le taux d'endémicité paludéenne était auparavant instable)
  • — Modifications climatiques et saisonnières inhabituelles ;
  • — projets de mise en valeur prévoyant des travaux d'irrigation ou de déboisement, l'introduction de nouvelles pratiques agricoles, et des travaux publics (ballastières pour la construction de routes) ;
  • urbanisation; et  introduction de nouvelles espèces vectrices.

Responsabilités du paludologue

Si l'on admet que l'enchaînement probable des événements dans une zone précédemment impaludée sera
 
i) une augmentation de la vulnérabilité ;
ii) des variations possibles du niveau de réceptivité et
iii) un affaiblissement de l'aptitude technique des services de santé à intervenir efficacement, les responsabilités suivantes, notamment, incomberont au paludologue, directement ou indirectement:
 
a) évaluations périodiques du degré de réceptivité (études sur les densités de vecteurs, leur comportement et leur sensibilité aux insecticides);
 
b) surveillance de la vulnérabilité (d'après des données internationales, des études et des statistiques sur les voyages, des registres nationaux de cas, des informations sur les projets régionaux de développement susceptibles d'attirer des nationaux, etc.);
 
c) contrôle des dispositifs nationaux et locaux de notification et de surveillance;
 
d) tenue à jour d'un registre national/régional des cas de paludisme;
 
e) contrôle des compétences diagnostiques des omnipraticiens et autres agents de santé employés dans des laboratoires publics et prives (on pourra utiliser à cette fin des formulaires de notification des cas, procéder à des contre-vérifications des étalements de sang
et fournir des renseignements propres à combler les lacunes observées);
 
f) remise à jour périodique des renseignements concernant les traitements chimiothérapeutiques et prophylactiques, et diffusion de ces informations auprès des omnipraticiens, des spécialistes et des instances nationales chargés de donner des avis en matière de médicaments;
 
g) conduite d'activités adéquates de formation et de recyclage aux techniques de surveillance et de lutte antipaludique pour des personnels clés à tous les niveaux des services de santé généraux;
 
h) intervention appropriées pour que le paludisme continue de figurer dans les programmes d'enseignement médical .
 
I) maintien, en des points stratégiques, des réserves suffisantes de fournitures et équipement, en vue d'une réintroduction possible et effective du paludisme.
 
k) maintien de contacts avec les instances et organismes s'occupant de voyages internationaux, d'immigration, de développement international, des forces armées, et diffusion de données pertinentes;
 
l) coordination et supervision des opérations conduites contre des foyers de paludisme.

Responsabilités des services de santé généraux

 

Il appartient aux services de santé généraux de prévenir toute réintroduction du paludisme. La maladie a été, dans la plupart des cas, éradiquée par un service spécial qui a cessé de fonctionner au moment où la zone concernée est entrée dans la phase d'entretien.

A la condition d'apporter le soin voulu à la planification, il devrait être possible de conserver intactes les connaissances, compétences, expériences et attitudes des agents de la lutte antipaludique qui seront affectés en des points et à des niveaux appropriés dans les

services de santé généraux.

Les activités antipaludiques à entreprendre varieront sans doute dans l'espace et dans le temps selon la situation épidémiologique. Les services de santé devront par conséquent être organisés de manière à pouvoir conduire les opérations requises avec les niveaux de compétence voulus et à les orienter et les superviser correctement. Il faudra aussi constituer et maintenir en état des stocks suffisants de fournitures et de matériels.

Il faut savoir que l'élimination du paludisme peut avoir les conséquences suivantes.

— On hésite de plus en plus à consacrer de la main-d'oeuvre, du temps et des ressources à une maladie qui a disparu. En outre, la population oublie le paludisme et les ravages qu'il causait autrefois.

— L'absence de cas peut favoriser l'oubli des connaissances nécessaires en matière de diagnostic clinique et microscopique, et d'appréciation épidémiologique; d'autre part, il n'y a plus de possibilité d'enseignement clinique.

— On constate une diminution progressive de l'immunité chez les

sujets exposés autrefois au paludisme, et l'apparition d'une nouvelle génération qui n'a jamais été exposée à la maladie — on assiste en fait à l'apparition d'une population non immunisée, exposée à des épidémies brutales en cas de rétablissement de la transmission.

On peut donc s'attendre à rencontrer dans la population et les services de santé une certaine résistance à l'idée de fournir un effort soutenu contre le paludisme, et c'est pourquoi il faut conserver, à un niveau suffisamment élevé, un noyau d'individus possédant les connaissances et compétences voulues, capables de superviser les opérations de vigilance et de tenir à jour le registre central des cas de paludisme. Il établirait sur la situation du paludisme un rapport

annuel qui stimulerait l'intérêt tout en ayant une valeur éducative. Un tel groupe pourrait être constitué au sein d'une école de santé publique, l'essentiel étant qu'il puisse communiquer librement avec les services de santé aux échelons central et intermédiaire.

 

Formation pour la surveillance du paludisme

 

A l'intérieur du service de santé lui-même, il est indispensable de continuer à assurer des activités de formation adéquates sur le paludisme à l'intention de tous les agents susceptibles de prendre part à des opérations antipaludiques dans les zones exposées au

risque de réintroduction de la maladie. Cette formation pourra être assurée en partie à l'échelon local et en partie dans des écoles de santé publique, mais il faudra que les agents appelés à jouer un rôle clé enrichissent leur expérience dans des zones impaludées. Pour ces

derniers, les cours d'épidémiologie du paludisme organisés par l'OMS se sont révélés particulièrement utiles. Par ailleurs, des cours de formation sur les activités de vigilance pourraient être organisés dans des zones où l'éradication du paludisme a été maintenue ).

Outre ces aspects techniques, la formation aux activités d'entretien doit également faire prendre conscience des facteurs susceptibles d'accroître le degré de vulnérabilité et de réceptivité d'une zone afin que puissent être prises des mesures correctives propres à en atténuer les effets et donc les risques d'une réintroduction du paludisme.

Il est indispensable que les représentants de la profession médicale en général et les étudiants en médecine en particulier continuent de recevoir une formation sur le diagnostic et le traitement du paludisme et les mesures prophylactiques destinées aux voyageurs; à cet

égard, le noyau central d'experts mentionné plus haut peut jouer un rôle actif. Il faut aussi maintenir les compétences voulues en matière de diagnostic du paludisme par examen microscopique. Là encore, le noyau d'experts pourrait prendre part aux activités d'enseigne-

ment et de formation, et centraliser les contrôles des étalements de sang; ces travaux permettraient également d'identifier les agents qui auraient besoin de suivre des cours de recyclage.


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